La mortalité maternelle en France reste rare mais n'a pas reculé : 272 femmes sont décédées pendant leur grossesse ou dans l'année qui a suivi, entre 2016 et 2018. Cela représente environ une femme tous les quatre jours. Selon le dernier rapport national, publié en avril 2024 par l'Inserm et Santé publique France, 60 % de ces décès étaient probablement ou possiblement évitables.
Ces chiffres sont issus de l'Enquête nationale confidentielle sur les morts maternelles (ENCMM). Ils révèlent un changement profond dans les causes de décès, et dessinent des pistes de prévention qui concernent directement les familles.
Combien de femmes meurent de causes liées à la grossesse en France ?
Sur la période 2016-2018, l'ENCMM a recensé 272 morts maternelles jusqu'à un an après la fin de la grossesse. Le ratio de mortalité maternelle atteint 11,8 décès pour 100 000 naissances vivantes.
Limité aux 42 jours suivant la grossesse, la définition internationale de référence, le bilan est de 197 décès. Le ratio est alors de 8,5 pour 100 000 naissances vivantes. Selon les auteurs, ce niveau se situe dans la moyenne européenne.
Le rapport ne constate aucune baisse significative par rapport aux périodes précédentes. La mortalité maternelle française stagne donc, alors que plus d'un décès sur deux pourrait être évité.
Qu'est-ce qu'une mort maternelle ?
Une mort maternelle désigne le décès d'une femme pendant sa grossesse ou après sa fin, d'une cause liée à la grossesse ou aggravée par elle. Les décès accidentels ou fortuits n'en font pas partie.
La définition internationale retient les 42 jours qui suivent la fin de la grossesse. La France observe une période plus longue, jusqu'à un an, pour mieux saisir les décès tardifs. C'est ce choix qui fait apparaître le poids des causes psychiatriques.
Comment fonctionne l'enquête confidentielle
Les statistiques de décès ordinaires sous-estiment la mortalité maternelle. L'ENCMM croise donc plusieurs sources : réseaux de périnatalité, certificats de décès, données hospitalières et chaînage avec les naissances.
Chaque décès est ensuite analysé de façon anonyme par un comité national d'experts. Ce comité se prononce sur la cause, sur la qualité des soins et sur le caractère évitable du décès.
Le suicide, première cause de mortalité maternelle
C'est le résultat le plus marquant du rapport. Les causes psychiatriques, suicides en tête, représentent 17,3 % des morts maternelles jusqu'à un an, soit 47 décès. Cela correspond à environ un décès de cause psychiatrique toutes les trois semaines.
Viennent ensuite les causes suivantes, sur la même période d'un an :
- Maladies cardiovasculaires : 14,3 %, soit 39 décès.
- Embolie amniotique : 7,7 %, soit 21 décès.
- Hémorragies obstétricales : 7,4 %, soit 20 décès.
- Maladies thromboemboliques : 7,4 %, soit 20 décès.
- Troubles hypertensifs : 4,8 %, soit 13 décès.
Les hémorragies, longtemps première cause, ont nettement reculé. Elles restent pourtant une cause importante, et souvent évitable.
La santé mentale périnatale fait désormais l'objet d'une attention particulière. Nous avons fait le point sur la santé mentale périnatale en France et sur la manière de distinguer baby blues et dépression post-partum.
Quelles femmes sont les plus exposées ?
Le risque n'est pas réparti de façon égale. Le rapport identifie plusieurs facteurs associés à une mortalité plus élevée.
- L'âge : par rapport aux femmes de 20 à 24 ans, le risque est multiplié par 2,6 entre 35 et 39 ans, et par 5 à partir de 40 ans.
- L'obésité : elle concerne 26 % des femmes décédées, soit deux fois plus que dans l'ensemble des femmes qui accouchent.
- La migration : la mortalité est deux fois plus élevée chez les femmes nées à l'étranger, et trois fois plus chez les femmes nées en Afrique subsaharienne.
- La vulnérabilité sociale : elle touche 34 % des femmes décédées, contre 22 % de la population de référence.
- Le territoire : la mortalité est deux fois plus élevée dans les départements et régions d'outre-mer que dans l'Hexagone.
Ces facteurs rejoignent d'autres évolutions observées dans les enquêtes périnatales, comme l'âge croissant des mères. Ils rejoignent aussi les enjeux du diabète gestationnel, une autre complication suivie de près.
Six décès sur dix jugés évitables
Le comité d'experts a jugé 17 % des décès « probablement » évitables et 43 % « possiblement » évitables. Les soins ont été jugés non optimaux dans environ deux cas sur trois.
Le rapport distingue trois types de facteurs d'évitabilité. Des soins inadaptés sont relevés dans 53 % des cas. Des défauts d'organisation apparaissent dans 24 % des cas. Une interaction difficile entre la patiente et le système de soins est notée dans 22 % des cas.
Ces résultats ne visent pas à désigner des coupables. Ils servent à améliorer les pratiques, en identifiant les retards de diagnostic, les signaux manqués et les ruptures de suivi.
Ce que ces chiffres changent pour les familles
La mortalité maternelle reste un événement rare. Ces données ne doivent pas inquiéter chaque future mère, mais elles indiquent où la vigilance compte le plus.
L'entretien postnatal précoce
Depuis 2022, un entretien postnatal précoce est proposé à toutes les femmes qui viennent d'accoucher. Selon l'Assurance Maladie, il a lieu entre la 4e et la 8e semaine, avec une sage-femme ou un médecin. Un second entretien peut être proposé entre la 10e et la 14e semaine.
Cet entretien sert précisément à repérer les difficultés psychiques, l'épuisement ou l'isolement. Il ne remplace pas la consultation postnatale médicale, prévue dans les 6 à 8 semaines après l'accouchement.
Les signaux qui justifient de consulter
Une tristesse qui dure au-delà des premières semaines, des idées noires, un essoufflement inhabituel, une douleur dans la poitrine ou dans un mollet doivent conduire à consulter sans attendre. Le conjoint et l'entourage ont un rôle à jouer pour les repérer.
En cas d'idées suicidaires, pour soi ou pour un proche, le numéro national de prévention du suicide, le 3114, répond gratuitement, 24 heures sur 24. En cas d'urgence vitale, appelez le 15.
La mortalité maternelle en France face à l'Europe
Avec 8,5 décès pour 100 000 naissances vivantes à 42 jours, la France se situe dans la moyenne européenne, selon les auteurs du rapport. Elle dispose surtout d'une enquête confidentielle permanente, qui recherche activement chaque décès.
Ce dispositif rend les chiffres français plus complets que ceux de nombreux pays. Il explique aussi pourquoi les comparaisons brutes entre pays doivent être faites avec prudence.
D'autres indicateurs de santé périnatale complètent ce tableau : la mortalité infantile, la prématurité et le taux de césarienne, que nous avons analysés dans des articles dédiés.
Prendre soin de la mère, c'est prendre soin du bébé
Les politiques des 1000 premiers jours insistent sur ce lien : la santé physique et psychique de la mère conditionne en partie le développement de l'enfant. Notre article sur les 1000 premiers jours et le cerveau du bébé détaille cette période clé.
Demander de l'aide après une naissance n'est pas un aveu de faiblesse. C'est souvent ce qui permet de traverser les premiers mois dans de bonnes conditions, pour la mère comme pour le bébé.
Ce qu'il faut retenir
- 272 morts maternelles en France entre 2016 et 2018, soit environ une tous les quatre jours.
- Ratio de 11,8 pour 100 000 naissances vivantes à un an, de 8,5 à 42 jours, sans baisse significative.
- Le suicide et les causes psychiatriques sont devenus la première cause, devant les maladies cardiovasculaires.
- 60 % des décès sont jugés probablement ou possiblement évitables.
- L'âge, l'obésité, la migration et la précarité augmentent le risque.
Sources
- Inserm (équipe EPOPé, C. Deneux-Tharaux, M. Saucedo) et Santé publique France, « Les morts maternelles en France : mieux comprendre pour mieux prévenir. 7e rapport de l'Enquête nationale confidentielle sur les morts maternelles (ENCMM), 2016-2018 », avril 2024.
- Santé publique France, synthèse « Mortalité maternelle en France, 2016-2018 », collection Études et enquêtes, avril 2024.
- Assurance Maladie (ameli.fr), « Après l'accouchement : le retour à la maison », mise à jour le 27 août 2026.