Tabac et grossesse : en France, près de 27 % des femmes fumaient un an avant leur grossesse en 2021, et 11,8 % fumaient encore au troisième trimestre. Ces chiffres de Santé publique France, publiés en juillet 2026, montrent une baisse réelle sur dix ans. Ils montrent aussi des écarts régionaux marqués et une reprise fréquente après la naissance.
Voici ce que disent les données officielles, ce qu'elles ne disent pas, et où trouver une aide gratuite pour arrêter.
Tabac et grossesse : que disent les chiffres de Santé publique France ?
Les chiffres proviennent de l'Enquête nationale périnatale de 2021. Cette enquête nationale, répétée à intervalles de plusieurs années, interroge les femmes qui accouchent pendant une période donnée. Santé publique France les a repris dans son dossier sur la santé périnatale du 8 juillet 2026.
- Près de 27 % des femmes déclaraient fumer un an avant leur grossesse.
- 11,8 % fumaient encore au troisième trimestre, grâce à une réduction importante de la consommation pendant la grossesse.
- Deux mois après l'accouchement, plus de 15 % avaient repris le tabac.
Autrement dit, une majorité des fumeuses réduit ou arrête pendant la grossesse. Mais une partie importante d'entre elles reprend dans les semaines qui suivent la naissance. Santé publique France y voit la difficulté du sevrage sur le long terme.
Une baisse nette entre 2010 et 2021
En France hexagonale, la part des femmes qui fument au troisième trimestre est passée de 17,1 % en 2010 à 12,2 % en 2021. Le recul approche donc cinq points en un peu plus de dix ans.
Santé publique France note une accélération importante entre 2016 et 2021. L'agence ne l'attribue pas à une mesure unique dans ce document. La baisse s'inscrit dans le recul plus général du tabagisme observé en France sur la même période.
Le chiffre de 11,8 % et le chiffre hexagonal de 12,2 % ne se contredisent pas. L'écart tient vraisemblablement au périmètre : les départements et régions d'outre-mer, où les taux sont globalement plus bas, pèsent sur la moyenne d'ensemble.
Des écarts de un à trois selon les régions
La moyenne nationale masque des situations très différentes. En 2021, la part des femmes fumant au troisième trimestre variait du simple au triple selon la région.
- 5,9 % en Île-de-France, la proportion la plus basse de l'Hexagone.
- 17,1 % dans les Hauts-de-France, la plus élevée.
- Dans les départements et régions d'outre-mer, de 1,3 % à Mayotte à 8,8 % à La Réunion.
Ces écarts rejoignent ceux observés pour d'autres indicateurs de santé périnatale. Ils rappellent que la prévention ne touche pas tout le monde de la même façon, ni au même moment.
Pourquoi fumer pendant la grossesse est-il un risque pour le bébé ?
Parce que le tabagisme pendant la grossesse est un facteur de risque majeur, bien documenté, pour la mère comme pour l'enfant. Santé publique France cite quatre effets délétères principaux.
- Le placenta prævia, c'est-à-dire un placenta inséré trop bas dans l'utérus.
- La grossesse extra-utérine.
- Le faible poids à la naissance.
- La prématurité.
La prématurité et le faible poids de naissance pèsent ensuite sur les premières semaines de vie. Nous détaillons ces enjeux dans notre article sur la prématurité en France. Pour un enfant né avant terme, les étapes du développement se lisent avec l'âge corrigé du bébé prématuré.
L'exposition à la fumée ne s'arrête pas à la naissance. Après l'accouchement, le tabagisme du foyer expose directement le nourrisson. Les données sur cette exposition sont réunies dans notre article sur le tabagisme passif chez le bébé.
Réduire ou arrêter : ce que les chiffres suggèrent
Le passage de 27 % avant la grossesse à 11,8 % au troisième trimestre dit une chose simple. La grossesse est un moment où beaucoup de femmes parviennent à changer leur consommation. C'est aussi un moment où elles rencontrent souvent des professionnels de santé.
La reprise après la naissance dit l'autre face de la réalité. Le manque de sommeil, la fatigue et les bouleversements des premières semaines fragilisent un arrêt récent. L'accompagnement gagne donc à se prolonger après l'accouchement, et pas seulement pendant la grossesse.
Il est utile de rappeler ce que les données ne mesurent pas. Elles reposent sur des déclarations des femmes interrogées, ce qui peut conduire à sous-estimer la consommation réelle. Elles ne distinguent pas non plus, dans ce document, le nombre de cigarettes fumées par jour.
Où trouver une aide gratuite pour arrêter de fumer enceinte ?
Santé publique France recense plusieurs dispositifs gratuits, accessibles aux femmes enceintes comme à leur entourage.
- Le 39 89, ligne de Tabac info service : un accompagnement personnalisé et gratuit avec un tabacologue, par téléphone.
- L'application Tabac info service : un programme d'accompagnement personnalisé pour préparer l'arrêt et suivre ses progrès chaque jour.
- Le site tabac-info-service.fr : des conseils et des informations sur les stratégies d'arrêt.
- Les dépliants « Grossesse sans tabac », qui présentent les conséquences possibles du tabac et les traitements d'aide à l'arrêt.
La sage-femme, le médecin traitant et le gynécologue sont aussi des interlocuteurs naturels. Le sujet peut être abordé à chaque consultation de suivi, sans attendre un rendez-vous dédié.
Le soutien du conjoint et des proches compte également. Un arrêt est plus facile à tenir dans un foyer où personne ne fume à l'intérieur. C'est aussi la meilleure protection du futur bébé contre la fumée.
Le tabac parmi les autres leviers de prévention
Dans le même dossier, Santé publique France rappelle d'autres leviers de prévention encore insuffisamment utilisés. En 2021, seules 27,2 % des femmes prenaient de l'acide folique avant leur grossesse. Seules 15,7 % recevaient des conseils de prévention contre le cytomégalovirus.
Nous avons consacré des articles à ces deux sujets. Le premier porte sur les malformations congénitales en France. Le second présente le dépistage du CMV pendant la grossesse, recommandé par la Haute Autorité de santé.
Après la naissance, l'absence de fumée dans le logement rejoint les règles de couchage parmi les mesures de prévention de la mort inattendue du nourrisson. Elles sont détaillées dans notre article sur le couchage sécurisé du nourrisson.
Quelles sont les prochaines données attendues ?
Santé publique France annonce la reconduction des enquêtes en population, dont l'enquête ENP-Epifane prévue en 2027. Ce sera la prochaine occasion de savoir si la baisse du tabagisme pendant la grossesse s'est poursuivie après 2021.
D'ici là, les chiffres de 2021 restent la référence nationale. Nous mettrons cet article à jour lorsque les nouveaux résultats seront publiés.
Ce qu'il faut retenir
- En 2021, près de 27 % des femmes fumaient un an avant leur grossesse, et 11,8 % au troisième trimestre.
- Dans l'Hexagone, la part des fumeuses au troisième trimestre est passée de 17,1 % en 2010 à 12,2 % en 2021.
- Les écarts régionaux vont de 5,9 % en Île-de-France à 17,1 % dans les Hauts-de-France.
- Plus de 15 % des femmes avaient repris le tabac deux mois après l'accouchement.
- Le 39 89 offre un accompagnement gratuit par un tabacologue.
Sources
- Santé publique France, dossier de presse « Santé périnatale : 10 années d'évolutions contrastées », 8 juillet 2026. Données issues de l'Enquête nationale périnatale 2021.
- Santé publique France, Tabac info service : ligne 39 89, application et site tabac-info-service.fr, présentés dans le même dossier.