Ce que disent les dernières données
La rougeole du nourrisson reste un sujet de vigilance en France, malgré une nette accalmie en 2026. Les moins d'un an ont compté 62 cas en 2025, soit 8,3 % des cas déclarés. C'est la tranche d'âge la plus exposée aux formes graves, et la seule qui ne peut pas encore être protégée par le calendrier vaccinal standard.
Cet article rassemble les chiffres publiés par Santé publique France, les règles de vaccination applicables et les repères cliniques utiles aux parents. Il ne remplace pas un avis médical.
Combien de cas de rougeole en France ?
En 2025, 873 cas de rougeole ont été déclarés en France, répartis sur 71 départements. La tendance s'est nettement inversée depuis : du 1er janvier au 30 avril 2026, 77 cas ont été recensés, contre 530 sur la même période de 2025.
La gravité des cas déclarés
En 2025, 314 cas ont été hospitalisés, soit 36 % du total, dont 12 en réanimation. Quatre décès ont été rapportés, tous chez des personnes immunodéprimées. Les complications ont concerné 121 cas, principalement des pneumopathies, avec deux encéphalites.
Sur les quatre premiers mois de 2026, 24 cas ont été hospitalisés sur 77, dont un en réanimation, et aucun décès n'a été rapporté. Le taux d'hospitalisation reste élevé : environ un cas déclaré sur trois.
La situation spécifique des moins d'un an
L'incidence chez les nourrissons de moins d'un an a atteint 10,9 cas pour 100 000 habitants en 2025. Ce niveau dépasse celui des années précédentes, mais reste très inférieur à l'épidémie de 2019, où il atteignait 42,7 pour 100 000.
Cette surexposition s'explique simplement. Les anticorps maternels s'estompent au cours des premiers mois, et la première dose de vaccin n'intervient qu'à douze mois. Le nourrisson dépend donc de l'immunité de son entourage pendant cette fenêtre.
Où en est la couverture vaccinale ?
La vaccination contre la rougeole, les oreillons et la rubéole est obligatoire pour les enfants nés depuis le 1er janvier 2018. Le schéma comporte une première dose à douze mois et une seconde entre seize et dix-huit mois.
Pour la cohorte née en 2024, la couverture à une dose atteint 95,2 % à vingt et un mois. La couverture à deux doses reste plus basse : 87,8 % pour la cohorte 2023 mesurée à trente-trois mois.
Or c'est la couverture à deux doses qui détermine l'élimination du virus. Santé publique France rappelle qu'elle demeure inférieure au seuil de 95 % recommandé par l'OMS, au niveau national comme dans toutes les régions. Ce déficit explique la persistance de foyers épidémiques.
Le statut vaccinal des personnes atteintes
Parmi les cas de 2025 éligibles à la vaccination et de statut connu, 67 % n'étaient pas vaccinés ou l'étaient incomplètement. Environ 31 % avaient reçu deux doses. Aucun vaccin n'offre une protection absolue, mais la répartition reste très défavorable aux non-vaccinés.
Peut-on vacciner un bébé avant douze mois ?
Oui, dans trois situations précises. La vaccination est possible dès six mois en cas de voyage vers une zone de forte circulation du virus. Elle l'est aussi autour d'un cas confirmé, dans les 72 heures suivant le contact, et lors de cas groupés en collectivité.
Une conséquence importante accompagne cette vaccination précoce. Un enfant vacciné avant douze mois doit ensuite recevoir deux doses supplémentaires, à douze mois puis entre seize et dix-huit mois. Le schéma compte alors trois doses au total.
Cette règle tient à l'efficacité moindre d'une première dose administrée tôt. Elle est estimée autour de 83 % lorsque la dose est reçue entre neuf et onze mois, contre environ 96 % après douze mois. Notre article sur le calendrier vaccinal du bébé en France replace ces doses dans l'ensemble du schéma.
Reconnaître la maladie
Le délai et les premiers signes
L'incubation dure environ dix jours. La phase initiale associe une fièvre souvent élevée, un écoulement nasal, une toux et une conjonctivite. L'éruption cutanée apparaît ensuite, d'abord au visage, puis s'étend vers le bas du corps.
La période de contagion
Une personne atteinte est contagieuse cinq jours avant l'éruption et jusqu'à cinq jours après son apparition. La transmission précède donc le diagnostic, ce qui explique la diffusion rapide du virus en collectivité.
Les complications chez le nourrisson
Les surinfections respiratoires et les pneumopathies dominent. L'encéphalite aiguë est rare mais grave. Une complication tardive, la pan-encéphalite sclérosante subaiguë, survient des années après l'infection et se rencontre plus souvent lorsque la rougeole a eu lieu avant un an.
Devant une fièvre élevée associée à une éruption chez un bébé, appelez le médecin avant de vous déplacer. Un passage non annoncé en salle d'attente expose d'autres nourrissons.
Ce que les parents peuvent faire
Le premier levier est la vaccination de l'entourage. Fratrie, parents et grands-parents forment la barrière autour d'un bébé trop jeune pour être vacciné. Vérifier son propre statut vaccinal est souvent le geste le plus utile.
Le second levier concerne les voyages. Un déplacement vers une zone de circulation active justifie d'anticiper la consultation, car la vaccination précoce demande une organisation spécifique.
Le troisième concerne la vie en collectivité. En cas de signalement dans une crèche, la conduite à tenir est définie par l'agence régionale de santé et transmise aux familles. Notre article sur l'adaptation à la crèche décrit le fonctionnement habituel de ces structures.
Pendant un épisode infectieux à la maison, le nettoyage du matériel de puériculture fait partie des gestes de bon sens. Notre guide d'entretien des produits de puériculture détaille les méthodes adaptées à chaque matière.
Une vigilance qui s'inscrit dans un ensemble
La rougeole n'est pas la seule maladie à prévention vaccinale suivie de près chez le nourrisson. Nous avons publié des points de données comparables sur la coqueluche du nourrisson et sur le vaccin contre le rotavirus.
La campagne de prévention de la bronchiolite complète ce tableau saisonnier. Prises ensemble, ces données dessinent la même conclusion : la protection des tout-petits repose largement sur l'immunité des adultes qui les entourent.
Sources
- Santé publique France, Rougeole en France du 1er janvier au 31 décembre 2025, bulletin national publié le 15 janvier 2026 et bilan annuel publié le 18 mai 2026.
- Santé publique France, Rougeole en France du 1er janvier au 30 avril 2026, bulletin national publié le 18 mai 2026.
- Santé publique France, Vaccination des enfants, adolescents et jeunes adultes en France, bilan de la couverture vaccinale, publié le 27 avril 2026.
- Vaccination Info Service, espace professionnels de santé, fiche Rougeole (calendrier vaccinal, vaccination précoce, contagiosité et complications).
- Organisation mondiale de la santé, seuil de couverture vaccinale de 95 % à deux doses pour l'élimination de la rougeole.