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12-36 mois

Lait de croissance : utile ou pas ? Ce que disent les autorités

Illustration d'un verre de lait, d'une tasse d'enfant et d'une boîte de lait de croissance sur une table – Treelys®

Le lait de croissance n'est pas indispensable selon l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Les autorités sanitaires françaises le jugent néanmoins préférable au lait de vache jusqu'à 3 ans, surtout pour l'apport en fer. Les deux positions reposent sur les mêmes données, mais pas sur la même lecture du risque de carence.

Cet article présente ce que disent précisément chaque institution et la réglementation européenne, puis les repères pratiques sur lesquels toutes s'accordent : quantité de lait, place du fer et des autres aliments.

Qu'est-ce que le lait de croissance ?

C'est une boisson lactée destinée aux enfants de 12 mois et plus, souvent vendue sous les noms de « lait 3e âge » ou « lait junior ». L'ANSES, dans son avis du 12 juin 2019, la décrit comme un aliment lacté pour enfants en bas âge. Sa composition est enrichie en fer, en vitamine D et en acides gras essentiels, avec moins de protéines que le lait de vache.

Son statut juridique diffère de celui du lait infantile. Les préparations pour nourrissons et les préparations de suite, jusqu'à 12 mois, obéissent au règlement délégué (UE) 2016/127, qui fixe leur composition. Le lait de croissance n'a pas de règlement propre. Depuis le 20 juillet 2016, c'est une denrée courante enrichie, soumise aux règles générales sur l'ajout de vitamines et minéraux, l'étiquetage et les allégations.

Lait de croissance : ce que disent l'EFSA et l'OMS

L'EFSA : « aucun rôle unique »

Le 25 octobre 2013, l'EFSA a publié un avis sur les besoins nutritionnels des nourrissons et des jeunes enfants. Ses experts concluent que les laits de croissance n'ont aucun rôle unique dans l'alimentation des enfants de 1 à 3 ans. Selon l'EFSA, ils ne sont pas plus efficaces pour apporter des nutriments que les autres aliments d'une alimentation normale.

L'avis relève pourtant des apports insuffisants chez une partie des jeunes enfants européens :

  • en acides gras oméga-3 ;
  • en fer ;
  • en vitamine D ;
  • en iode, dans certains pays.

Pour couvrir ces besoins, l'EFSA cite plusieurs voies équivalentes. Le lait de croissance en est une, au même titre que le lait de vache enrichi, les céréales enrichies, les compléments, ou la viande et le poisson introduits pendant la diversification.

L'OMS : du lait animal après 12 mois

Dans sa ligne directrice sur l'alimentation complémentaire des 6-23 mois, publiée en octobre 2023, l'OMS distingue deux âges. Entre 6 et 11 mois, un enfant non allaité peut recevoir un lait infantile ou du lait animal. Entre 12 et 23 mois, l'OMS recommande le lait animal et juge les laits de suite inutiles et non recommandés.

Elle rappelle aussi que, depuis une note de 2016, les laits pour jeunes enfants sont considérés comme des substituts du lait maternel. Leur promotion relève donc du Code international de commercialisation des substituts du lait maternel.

La Commission européenne : pas de règles spécifiques

Dans un rapport du 31 mars 2016, la Commission européenne s'appuie sur l'avis de l'EFSA. Elle conclut qu'une application correcte du droit alimentaire général suffit et qu'aucune règle spécifique n'est nécessaire. Le rapport chiffre le marché européen de 2012 à plus de 42 000 tonnes et plus de 500 millions d'euros. Il note un prix proche de celui des laits infantiles, nettement supérieur à celui du lait de vache.

Ce que recommandent les autorités françaises

Le HCSP : préférable jusqu'à 3 ans, preuves débattues

Le Haut Conseil de la santé publique a révisé les repères alimentaires des enfants de 0 à 3 ans dans un avis du 30 juin 2020. Il considère les laits de croissance comme des préparations adaptées aux besoins de l'enfant en bas âge. Il les juge préférables jusqu'à 3 ans, en particulier dans les populations les plus exposées au manque de fer.

Le HCSP reste prudent sur leur intérêt général. En dehors d'un effet bénéfique sur le statut en fer, le niveau de preuve des bénéfices en population générale fait encore l'objet de débats scientifiques. Si l'enfant boit du lait de vache, le HCSP conseille de couvrir les besoins en fer par d'autres aliments, comme les légumineuses et la viande.

L'ANSES : le fer, point faible des 1-3 ans

L'avis de l'ANSES de juin 2019 éclaire la question du fer. Selon ses estimations, environ 30 % des enfants de 12 à 35 mois ont des apports en fer insuffisants. La proportion dépasse 50 % chez les 6-11 mois. Nous détaillons ces données dans notre article sur la carence en fer du nourrisson.

L'ANSES rappelle aussi que la composition du lait de vache ne respecte pas l'ensemble des valeurs fixées pour les laits infantiles. Ce constat explique la préférence française pour un lait adapté pendant les premières années.

Santé.fr : 500 ml par jour

Le portail public Santé.fr, dans sa fiche sur les besoins nutritionnels de 1 à 3 ans mise à jour le 1er octobre 2026, recommande le lait de croissance jusqu'à 3 ans. La fiche reprend les contenus de l'Association française de pédiatrie ambulatoire. Elle conseille environ 500 ml de lait par jour, sans dépasser 800 ml.

Lait de croissance ou lait de vache : comment décider ?

Les institutions divergent sur la nécessité du lait de croissance, pas sur l'objectif. Toutes cherchent à couvrir les besoins en fer, en vitamine D et en acides gras, sans excès de protéines. Trois situations se dessinent.

  • L'enfant mange varié, avec de la viande, du poisson, des œufs ou des légumineuses chaque jour : selon l'EFSA et l'OMS, le lait de vache entier convient, dans les quantités recommandées.
  • L'enfant mange peu de viande ou refuse beaucoup d'aliments : le lait de croissance devient un moyen simple d'apporter du fer, ce que soulignent le HCSP et l'ANSES.
  • L'alimentation est végétarienne : la couverture en fer demande une attention particulière, et un avis médical est utile.

Dans tous les cas, la vitamine D fait l'objet d'une supplémentation distincte en France, prescrite par le médecin. Nous en détaillons les règles dans notre article sur la vitamine D du nourrisson.

Les repères qui font consensus

  • La quantité : autour de 500 ml de lait par jour entre 1 et 3 ans, diminuant au profit des aliments solides, sans dépasser 800 ml. Les laitages comptent dans ce total.
  • Les boissons végétales : avant 1 an, le HCSP et l'ANSES rappellent qu'elles ne remplacent pas un lait infantile, sous peine de carences. Elles ne sont pas des laits.
  • Les autres laits animaux : chèvre et brebis ne règlent pas une allergie au lait de vache, comme l'explique notre article sur l'allergie aux protéines de lait de vache.
  • Le contenant : vers 1 an, le lait peut se boire au verre ou à la tasse. Nos repères sur l'âge où bébé boit au verre aident à faire la transition.
  • Le reste de l'assiette : le lait complète une alimentation diversifiée, il ne la remplace pas. Les repères officiels figurent dans notre article sur la diversification alimentaire selon l'ANSES.

Ce qu'il faut retenir

L'EFSA, l'OMS et la Commission européenne considèrent le lait de croissance comme non nécessaire, à condition que l'alimentation couvre les besoins. Les autorités françaises le jugent préférable jusqu'à 3 ans, surtout pour le fer, tout en reconnaissant un niveau de preuve débattu. Le choix dépend donc de l'alimentation réelle de l'enfant. Ce choix se discute avec le médecin ou la PMI, et cet article ne remplace pas un avis médical.

Sources

  • EFSA, communiqué du 25 octobre 2013 et « Scientific Opinion on nutrient requirements and dietary intakes of infants and young children in the European Union », EFSA Journal, 2013.
  • Commission européenne, rapport COM(2016) 169 sur les préparations destinées aux enfants en bas âge, 31 mars 2016.
  • Organisation mondiale de la santé, « WHO Guideline for complementary feeding of infants and young children 6–23 months of age », octobre 2023.
  • ANSES, avis relatif à l'actualisation des repères alimentaires du PNNS pour les enfants de 0 à 3 ans, saisine n° 2017-SA-0145, 12 juin 2019.
  • Haut Conseil de la santé publique, avis relatif à la révision des repères alimentaires pour les enfants de 0-36 mois et 3-17 ans, 30 juin 2020.
  • Santé.fr, « 1 et 3 ans : besoins nutritionnels de mon enfant », mise à jour du 1er octobre 2026.
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