L'empathie chez l'enfant se construit lentement. Avant 1 an, le bébé ne distingue pas encore ses émotions de celles des autres. Entre 12 et 18 mois, il peut offrir un câlin à quelqu'un qui pleure. Vers 2 ans, il remarque qu'une personne est triste ou blessée, mais il ne sait pas encore se mettre à sa place.
Ces repères viennent de Naître et grandir et des Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC). Ils décrivent une progression, pas un calendrier à respecter.
Qu'est-ce que l'empathie chez l'enfant ?
Naître et grandir, le site de la Fondation Lucie et André Chagnon, définit l'empathie comme « la capacité de reconnaître les sentiments d'une autre personne ». Cette fiche a été révisée en mars 2022 par une psychoéducatrice.
Il faut la distinguer de deux notions voisines :
- la contagion émotionnelle, quand un bébé se met à pleurer parce qu'un autre pleure, sans comprendre pourquoi ;
- la sympathie, qui consiste à partager la peine de quelqu'un lors d'un événement malheureux.
L'empathie suppose de percevoir l'émotion de l'autre comme distincte de la sienne. C'est ce qui la rend si longue à se mettre en place. Elle s'appuie sur la conscience de soi, la lecture des visages et, plus tard, le langage.
À quel âge l'empathie apparaît-elle chez l'enfant ?
Il n'existe pas d'âge précis. Les premiers gestes de réconfort apparaissent souvent entre 12 et 18 mois. La capacité à se mettre réellement à la place d'autrui se développe surtout après 3 ans. Entre les deux, l'enfant traverse plusieurs étapes.
Avant 1 an : lire les visages
Selon Naître et grandir, l'empathie n'est pas encore présente à cet âge, car le bébé confond ses émotions avec celles des autres. Il observe pourtant beaucoup. Entre 6 et 12 mois, il distingue un visage joyeux d'un visage triste. Il imite aussi les expressions de ses parents, ce qui prépare la suite. Notre article sur l'imitation chez le bébé détaille ce mécanisme.
De 12 à 18 mois : les premiers gestes de réconfort
Le tout-petit peut tendre un jouet, faire un bisou ou un câlin à quelqu'un qui pleure. Il juge encore la situation de son point de vue. Il offre donc souvent ce qui le console, lui : son doudou, sa tétine ou son biberon. Le geste est maladroit, mais l'intention de réconforter est bien là.
Vers 2 ans : remarquer la peine des autres
Les CDC retiennent ce repère dans leur liste des étapes de 2 ans, revue le 16 mai 2026. La plupart des enfants de cet âge remarquent quand quelqu'un est blessé ou contrarié. Ils s'arrêtent de jouer ou prennent un air triste quand une personne pleure. Ils regardent aussi votre visage pour savoir comment réagir dans une situation nouvelle.
Une étude de l'Institut Max Planck d'anthropologie évolutionniste de Leipzig, rapportée par Naître et grandir en juin 2012, va dans le même sens. Chez 36 enfants de 2 ans, les chercheurs ont mesuré la dilatation des pupilles face à un adulte en difficulté. Les enfants semblaient surtout vouloir que l'adulte soit aidé, même si l'aide ne venait pas d'eux.
Entre 2 et 3 ans : une empathie encore centrée sur soi
Naître et grandir rappelle qu'avant 3 ans, l'enfant voit surtout les choses de son propre point de vue. Il peut aider spontanément vers 2 ans, mais il n'arrive pas encore à se mettre à la place de l'autre. Les différences d'un enfant à l'autre sont importantes.
Après 3 ans : consoler sans qu'on le demande
Entre 3 et 5 ans, l'enfant devient capable de réconforter un ami par lui-même, sans qu'on le lui demande. Il comprend mieux quand un camarade est contrarié. Il a pourtant encore du mal à voir l'effet de ses propres actes sur les autres, surtout quand il est submergé par une émotion forte.
Pourquoi l'empathie a besoin d'autres compétences pour se développer
L'empathie ne pousse pas seule. Elle s'appuie sur des acquis qui se mettent en place pendant les deux premières années.
- La conscience de soi. Pour comprendre que l'autre ressent autre chose que soi, il faut d'abord se percevoir comme une personne distincte. La reconnaissance dans le miroir en est un signe : notre article sur l'âge auquel bébé se reconnaît dans le miroir explique cette étape.
- L'attention partagée. Regarder la même chose que l'adulte, puis la lui montrer, entraîne l'enfant à tenir compte de ce que l'autre voit. Le geste de pointer en est un jalon, décrit dans notre article sur bébé qui pointe du doigt.
- La régulation de ses propres émotions. Un enfant débordé par sa colère n'a pas de place pour la peine d'autrui. Notre article sur l'intelligence émotionnelle et la régulation avant 3 ans détaille ce lien.
- Le langage des émotions. Les mots « triste », « peur » ou « colère » aident à nommer ce que l'on observe chez l'autre.
Le lien d'attachement joue aussi un rôle. Un enfant qui a été consolé de façon fiable dispose d'un modèle de réconfort à reproduire. Notre article sur l'attachement sécure revient sur cette base.
Comment encourager l'empathie chez l'enfant au quotidien
Naître et grandir propose plusieurs pistes concrètes. Aucune n'exige de matériel : elles passent par les échanges ordinaires de la journée.
Nommer ses émotions, puis celles des autres
Aidez d'abord votre enfant à reconnaître ce qu'il ressent et à se calmer. « Tu es en colère parce que la tour est tombée. » Une fois ce vocabulaire installé, appliquez-le aux autres : « Regarde, Léa pleure, elle est triste parce qu'elle s'est fait mal. »
Montrer l'exemple
L'enfant imite ce qu'il voit. Quand vous consolez un proche, aidez un voisin ou réagissez avec douceur à ses propres pleurs, vous lui montrez ce que fait une personne empathique. Ce modèle compte plus que les explications.
Poser des questions simples
Quand un autre enfant est triste, demandez au vôtre comment il se sentirait à sa place. Avant 3 ans, la réponse sera souvent hésitante. La question l'habitue pourtant à regarder du côté de l'autre.
Utiliser les livres et les histoires
Les personnages d'un album offrent une distance rassurante pour parler des émotions. Montrez un visage dessiné, demandez ce que ressent le personnage et pourquoi. Notre article sur l'âge pour lire un livre à bébé donne des repères pour choisir ces albums.
Revenir sur les conflits, sans sermon
Après une dispute ou un jouet arraché, expliquez brièvement l'effet de son geste : « Il pleure parce que tu lui as pris son camion. » Proposez ensuite une réparation simple, comme rendre l'objet ou faire un câlin, sans l'imposer.
Valoriser les gestes d'aide
Invitez-le à aider, à réconforter ou à partager, et remarquez-le quand il le fait. « Tu as apporté son doudou à ton frère, ça l'a consolé. » Les jeux où l'on coopère, plutôt que ceux où l'on gagne contre l'autre, vont dans le même sens.
Mon enfant ne semble pas empathique : faut-il s'inquiéter ?
Dans la grande majorité des cas, non. Un tout-petit qui prend un jouet sans se soucier des pleurs de son camarade agit selon son âge. Naître et grandir le résume ainsi pour les 3-5 ans : « Ce n'est pas de l'égoïsme; cela fait partie de son développement. »
Plusieurs situations expliquent une réaction en retrait :
- la fatigue, la faim ou une émotion forte, qui occupent toute son attention ;
- un tempérament plus réservé, qui observe avant d'agir ;
- une situation nouvelle ou une personne qu'il connaît mal.
En revanche, parlez-en au médecin ou à la PMI si votre enfant de 2 ans ne regarde presque jamais les visages, ne réagit pas quand on l'appelle et ne cherche pas à partager son intérêt. Ce ne sont pas des signes d'un manque d'empathie à proprement parler. Ce sont des repères de communication à faire évaluer.
Ce qu'il faut retenir
L'empathie se construit sur plusieurs années. Les premiers gestes de réconfort apparaissent souvent entre 12 et 18 mois. Vers 2 ans, l'enfant remarque la peine des autres. Se mettre vraiment à leur place vient plus tard, surtout après 3 ans. Nommer les émotions, consoler et montrer l'exemple restent les meilleurs appuis.
Sources
- Naître et grandir (Fondation Lucie et André Chagnon), Les enfants et l'empathie, mise à jour de mars 2022, révision scientifique par Marie-Hélène Chalifour, psychoéducatrice.
- Centers for Disease Control and Prevention (CDC), Important Milestones: Your Child By Two Years, page revue le 16 mai 2026.
- Naître et grandir, Aider les autres dès l'âge de 2 ans, 20 juin 2012, d'après une étude de l'Institut Max Planck d'anthropologie évolutionniste.