La coqueluche du nourrisson est une infection respiratoire dont les formes graves touchent presque exclusivement les bébés de moins de six mois. En 2024, la France a connu une recrudescence d'ampleur inhabituelle, avec huit décès de nourrissons recensés par Santé publique France, contre un l'année précédente. Le principal levier de protection identifié par la Haute Autorité de santé est la vaccination pendant la grossesse.
Coqueluche du nourrisson : que disent les chiffres officiels ?
Santé publique France s'appuie sur deux dispositifs complémentaires : le réseau hospitalier RENACOQ et le réseau Sentinelles, qui suit la médecine de ville. Les deux ont enregistré une année 2024 exceptionnelle.
- 537 cas hospitalisés ont été signalés chez des nourrissons de moins de 12 mois en 2024.
- 8 décès de nourrissons ont été recensés cette année-là, contre 1 en 2023.
- 46 décès toutes classes d'âge confondues ont été identifiés via les certificats de décès électroniques, dont 21 enfants de moins de 5 ans.
- Le réseau Sentinelles a mesuré en ville le taux le plus élevé depuis le début de sa surveillance, à 244 cas pour 100 000 habitants.
Ces chiffres traduisent une reprise épidémique, pas une nouveauté médicale. La coqueluche évolue par cycles, avec des pics observés tous les trois à cinq ans. La vaccination a fait chuter son incidence depuis les années 1960, sans la faire disparaître.
Pourquoi les tout-petits paient le prix fort
La répartition par âge est sans ambiguïté. Sur la période 2013-2024, parmi les nourrissons hospitalisés de moins de 12 mois, 83 % avaient moins de 6 mois et 56 % moins de 3 mois.
L'explication est simple. La première dose du vaccin est administrée à 2 mois, la deuxième à 4 mois. Avant cela, l'enfant ne dispose d'aucune protection vaccinale personnelle. Il dépend entièrement des anticorps transmis par sa mère et de l'immunité de son entourage.
Les nourrissons nés avant terme sont particulièrement exposés, car la transmission des anticorps maternels s'effectue surtout en fin de grossesse. Nous avons détaillé leur situation dans notre article sur la prématurité en France.
Reconnaître la coqueluche chez un bébé
Chez le nourrisson, la maladie ne ressemble pas à la description classique. La quinte suivie d'une reprise inspiratoire sonore, dite chant du coq, est souvent absente avant six mois.
Les signes qui doivent alerter sont différents.
- Une toux qui dure, s'aggrave la nuit et survient par accès répétés.
- Des pauses respiratoires, parfois sans toux du tout.
- Un changement de couleur du visage pendant les accès.
- Des difficultés à téter ou des vomissements après la toux.
- L'absence de fièvre, fréquente et trompeuse.
Toute toux prolongée chez un bébé de moins de trois mois justifie un avis médical rapide, a fortiori si un adulte de l'entourage tousse depuis plusieurs semaines. La contagiosité est très élevée dans les premiers jours.
La confusion avec d'autres infections respiratoires hivernales est fréquente. Notre article sur la campagne de prévention contre la bronchiolite aide à distinguer les tableaux.
La vaccination pendant la grossesse, principal levier
Le 22 juillet 2024, face à la recrudescence, la Haute Autorité de santé a renforcé ses recommandations. La mesure centrale concerne la femme enceinte.
La vaccination est recommandée à partir du deuxième trimestre de grossesse, idéalement entre 20 et 36 semaines d'aménorrhée, et au plus tard un mois avant l'accouchement. Les anticorps traversent le placenta et protègent l'enfant pendant ses premières semaines.
L'efficacité rapportée par la HAS dépasse 90 % contre les formes graves et les décès du nouveau-né. C'est le niveau de protection le plus élevé documenté pour cette maladie avant l'âge de deux mois.
La couverture progresse nettement en France. Elle est passée de 43,4 % en 2023 à 62,3 % en 2024 chez les femmes enceintes, selon les données publiées par Santé publique France.
Le cocooning, quand la grossesse n'a pas été couverte
Si la vaccination n'a pas eu lieu pendant la grossesse, la HAS recommande de vacciner la mère avant sa sortie de maternité. La stratégie dite du cocooning prend alors le relais.
Elle consiste à vacciner l'entourage proche du nourrisson : les parents, la fratrie, les grands-parents et les personnes qui gardent régulièrement l'enfant. Un rappel est indiqué si la dernière vaccination remonte à plus de cinq ans.
Les professionnels de santé et de la petite enfance en contact avec des bébés de moins de six mois relèvent de la même règle. Cette question de l'entourage rejoint celle, plus large, de la place des proches dans les premières semaines, que nous abordons dans notre article sur les grands-parents et le bébé.
Les gestes non vaccinaux gardent leur utilité : lavage des mains, distance avec les personnes qui toussent, prudence dans les lieux clos et bondés les premières semaines. Nous les détaillons dans notre article sur les premières sorties avec un nouveau-né.
Le calendrier vaccinal du nourrisson
La vaccination contre la coqueluche est obligatoire en France pour les enfants nés depuis le 1er janvier 2018. Elle est intégrée au vaccin hexavalent.
- Première dose à 2 mois.
- Deuxième dose à 4 mois.
- Rappel à 11 mois.
La HAS insiste sur un point pratique : il ne faut pas décaler ces rendez-vous. Chaque semaine de retard prolonge la période de vulnérabilité. Des rappels ultérieurs sont prévus à 6 ans, entre 11 et 13 ans, puis à 25 ans. Le calendrier complet est repris dans notre article sur la vaccination du bébé en France.
Où en est l'épidémie en 2025 et 2026 ?
Les données préliminaires publiées par Santé publique France pour 2025 indiquent un net recul de la circulation de la bactérie après le pic de 2024. Ce reflux est cohérent avec le caractère cyclique de la maladie.
Il n'annule pas la recommandation. Un cycle bas prépare mécaniquement le cycle suivant, en laissant s'accumuler des personnes non immunisées. La protection des nourrissons repose donc sur une couverture maintenue dans le temps, pas sur une réaction ponctuelle à une épidémie.
La couverture vaccinale des nourrissons reste élevée en France, à 91,8 % pour trois doses à 21 mois dans la cohorte née en 2023. Le point faible se situe chez les adultes, dont les rappels sont souvent oubliés.
Ce qu'il faut retenir
- 2024 a été une année de forte recrudescence, avec 8 décès de nourrissons en France.
- Plus de la moitié des bébés hospitalisés ont moins de 3 mois.
- La vaccination entre 20 et 36 semaines d'aménorrhée protège l'enfant avant sa première dose.
- À défaut, le cocooning de l'entourage prend le relais, avec un rappel au-delà de cinq ans.
- Une toux prolongée chez un bébé de moins de trois mois impose un avis médical.
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Sources
- Santé publique France, données de surveillance de la coqueluche, réseaux RENACOQ et Sentinelles, données 2024 et données préliminaires 2025.
- Haute Autorité de santé, « Recrudescence de la coqueluche : la HAS renforce les recommandations vaccinales pour protéger les nouveau-nés et les nourrissons », 22 juillet 2024.